Le Maroc, eldorado des jeunes Européens

Publié le par france-maroc-services

par Le Soir Echos, mercredi 12 octobre 2011, 01:00

Les conditions de travail font partie des motifs de désillusion des jeunes Européens au Maroc. Photo Yassine TOUMI

« Je suis jeune, célibataire, et je suis né en Europe. Un jour, j’ai décidé de m’installer au Maroc». Ce qui était, il y a quelques décennies encore, un phénomène peu fréquent, est devenu au fil du temps un cas de figure de plus en plus répandu. Chaque espace de travail a son « gawri » de service !

Crise d’emploi, stress galopant, grisaille déprimante, ou même rupture sentimentale. Les raisons qui poussent les jeunes à traverser la méditerranée à contre courant sont multiples. Lucie, française établie au Maroc depuis plus d’un an, est tout d’abord venue pour y passer un stage. « Après le stage, on m’a proposé un CDI que j’ai accepté. J’avais envie de rester, d’approfondir l’expérience et les rencontres des premiers mois ».

Utile et agréable

En effet, c’est souvent une offre professionnelle qui attire les jeunes Européens. Ces « déserteurs du développement » sont pour une grande majorité diplômés. « C’est au détour d’une proposition professionnelle consistant à l’ ‘‘offshorisation’’ de la société pour laquelle je travaillais que j’ai atterri à Casablanca. Le cadre professionnel y était idéal en 2006 pour lancer une activité : ressources, avantages fiscaux, offres d’accompagnement… dans un pays tourné fondamentalement vers le développement du service ». Autant d’éléments qui avaient encouragé Jérôme, ingénieur en informatique, à franchir le pas à l’époque.

D’autres choisissent le Maroc pour construire les bases de projets professionnels qui germaient dans leurs têtes. C’est le cas de Jean, pâtissier. « Je voulais monter une boîte en France, mais c’était tellement compliqué que j’ai voulu tenter ma chance au Maroc en étant que salarié pendant un an. L’idée était de me familiariser avec la mentalité marocaine avant de me lancer dans l’aventure entrepreneuriale ».

La proximité avec l’Europe fait également peser la balance au moment du choix du pays de destination. « Je voulais habiter à l’étranger pour m’enrichir. Je pensais partir au Brésil, mais c’était trop loin et trop compliqué », nous confie dans ce sens Xavier, professeur de musique.

Découvrir le monde arabe

Contrairement aux idées reçues, ces jeunes expatriés ne viennent pas uniquement pour le couscous du vendredi et les week-ends à Marrakech. « J’avais toujours souhaité connaître les pays du Maghreb et du monde arabe en général, pour répondre à des questions que je m’étais posées », nous confie Lucie. « En France, le discours ambiant nous donne une vision tellement formatée de l’islam et du monde arabe, que j’avais toujours eu le souhait de passer à l’autre rive pour me faire ma propre opinion ».

Une fois au Maroc, ils se laissent dans un premier temps happés par l’euphorie de la découverte, dans un pays où il fait bon vivre. Jean, par exemple, a rapidement été séduit par « la fête, le soleil, la gastronomie, le charme des femmes, la gentillesse des gens et la douceur de vivre à la marocaine ». D’autres ont été déçus par certains détails imprévus. Ana, professeur espagnole établie à Rabat, trouve que « la vie ici est assez chère ! »

On déchante rapidement

Petit à petit, le soleil ne fait plus son effet, et certaines imperfections du Maroc commencent à peser, poussant plusieurs jeunes expatriés à préparer un nouveau départ. Les conditions de travail sont souvent pointées du doit. « On se fatigue vite du manque de professionnalisme. D’après mon expérience, le milieu du travail est incroyablement différent de l’Europe : pas de formation continue, pas de valorisation des compétences, pas d’Administration digne de ce nom, et un mépris régulier des droits des travailleurs », énumère Lucie, amère.

Jérôme incrimine quant à lui l’opacité de l’Administration. « L’Administration et les aspects liés à la sécurité sociale sont les principaux points négatifs. Rien n’est clair. C’est difficile de s’y retrouver! Sans compter la lourdeur, les papiers à présenter et l’argent dépensé en photocopies et en timbres ».

Manque de justice sociale

Parmi les raisons qui les poussent à quitter le Maroc, ils sont tous d’accord au moins sur un point, à savoir le manque de justice sociale. « Au Maroc je suis devenue beaucoup plus féministe. En tant que femme française, je n’ai jamais eu à négocier ou à réclamer mes droits, ils étaient une évidence ! Ici, les inégalités hommes/femmes me révoltent, et certains discours rétrogrades donnent envie de partir ». Côté hommes, c’est plutôt le statut d’étranger qui dérange. « Trop souvent, on nous voit comme des « vaches à lait », et comme des colons qui se croient supérieurs », constate Jérôme. A la longue, « la petite arnaque quotidienne devient pesante et usante ». D’autres, au contraire, aiment ce statut d’étranger. « De façon générale, j’aime la sensation d’être étrangère. C’est une sensation grisante qui nous met au défi en permanence et qui nous pousse constamment à nous interroger ».

La plupart des expatriés approchés par Le Soir échos ne comptent pas faire leur vie au Maroc. L’expérience marocaine aura été une expérience parmi d’autres, pour ces nomades munis d’un passeport qui leur permet de voyager autour du monde. Seuls ceux qui sont tombés amoureux d’un ou d’une Marocain(e) nous confient leurs hésitations face à l’idée d’un éventuel départ.

Pour Jean, la solution est toute simple. « Le programme annuel de mes rêves, c’est six mois au Maroc pour vivre – ma base arrière –, un mois en France – pour la famille – et cinq mois de voyage – ma passion ».◆

Commenter cet article